Le blanc vous prend les yeux avant même que la portière claque. Au bord du salar d'Uyuni, le soleil rebondissait sur le sel et ma casquette ne servait plus à grand-chose. Un peu au-dessus de 3 600 mètres, dans le sud-ouest de la Bolivie, j'avais raté l'horaire : départ trop tard, piste déjà roulée, thermos tiède. La fois d'après, j'ai changé de mois et de rythme. Le miroir du matin et la marche sur la croûte sèche sont deux visites différentes, avec le même sel sous les pneus.
À retenir avant de réserver
- Le salar d'Uyuni se parcourt en 4x4, depuis la ville d'Uyuni ou sur un circuit plus long depuis Tupiza.
- De mai à octobre, la croûte est sèche, les pistes tiennent, les hexagones se voient de près.
- De janvier à mars, une lame d'eau peut faire miroir, et certaines pistes se ferment.
- Une journée couvre Colchani, les trains rouillés et l'île aux cactus. Trois jours mènent aux lagunes du sud.
- Le soleil et l'altitude fatiguent plus vite que la carte postale.
- Avant de payer, obtenez des réponses sur le groupe, l'eau, le couchage et le plan B en cas de pluie.
Deux saisons, deux salars
J'ai fait les deux, à presque un an d'écart. Chaque saison change le sol sous les pneus.
Le miroir, quand la pluie reste en film
Les pluies arrivent surtout l'été austral. Les heures de reflet les plus belles tombent souvent entre janvier et mars, parfois dès fin décembre. Le salar est si plat qu'une pellicule d'eau, quelques centimètres, copie le ciel. Les 4x4 roulent alors au pas.
Sortez de la trace et une poche molle peut coincer un essieu.
J'y suis allé un février. Le miroir a tenu une partie de la matinée. Ensuite le vent a brouillé le reflet : flaque grise, chevilles mouillées. J'ai compris pourquoi les photos affichées en ville sont toutes prises à la même heure.
L'orage monte vite. Quand la piste de l'île devient une boue salée, une annulation est une bonne nouvelle. Prévoyez une nuit tampon à Uyuni. Les chaussures, elles, restent humides jusqu'au soir.
La croûte sèche, de mai à octobre
Quand l'eau s'en va, la saumure se rétracte et le sel durcit en polygones. Ces dalles crissent. On marche, on s'assoit, on entend le vent avant d'entendre un moteur.
Mai et juin me conviennent le mieux : pistes fiables, ciel souvent dégagé, nuits vives. Juillet et août mordent plus fort vers les lagunes du sud. En septembre et octobre le blanc reste large, avec des files de 4x4 plus longues. Emportez plus d'eau que le petit matin ne le suggère. Hors les cactus de l'île, l'ombre appartient au véhicule.
| Saison humide (souvent janvier à mars) | Saison sèche (souvent mai à octobre) | |
|---|---|---|
| Aspect du sol | Film d'eau, reflet du ciel | Croûte dure, hexagones visibles |
| Conduite | Lente, pistes molles, annulations possibles | Plus régulière, files de 4x4 en hiver austral |
| Ce qu'on vient voir | L'effet miroir, photos basses sur l'eau | Marche sur le sel, horizon dégagé, île Incahuasi |
| Confort | Orages brefs, chaussures trempées | Nuits froides, soleil sans filtre |
| À qui ça convient | Horaires souples, goût du ciel changeant | Première visite, circuit de plusieurs jours |
D'où partir, et pour combien de jours
Uyuni est le camp de base. La ville est haute, ventée, pratique. La durée se décide là, selon votre bus de sortie et selon votre forme.
La journée classique depuis Uyuni
Les agences partent à l'aube. Je m'en tiens à cinq arrêts.
- Le cimetière de trains : wagons rouillés, vingt minutes, lumière basse. Au-delà, on traîne pour peu.
- Colchani et ses tas de sel. Un sachet ramené pour la cuisine m'a servi bien après le retour.
- Le premier contact avec le blanc, photo rapide, souvent dans les traces des autres.
- L'île Incahuasi, cactus hauts de plusieurs mètres, sentier bref, vue circulaire.
- Retour l'après-midi, le goût de sel sur les lèvres.
Cette boucle montre le salar tel qu'on se l'imagine. Les lagunes demandent une nuit de plus, et un autre rythme.
Le circuit de trois jours vers les lagunes
Vers le sud, on ajoute la laguna Colorada, des refuges très simples et, souvent, une sortie vers San Pedro de Atacama, au Chili. Depuis Tupiza, l'ordre s'inverse : canyons d'abord, salar à la fin. C'est le sens que j'ai préféré. La file du premier matin y est plus courte, et le blanc arrive après l'ocre, comme une surprise.
Eau chaude rare, dîner unique, poêle capricieux. Dans le sac : un en-cas, une lampe frontale, des piles et un bonnet. Si Uyuni vous donne déjà la tête lourde, dormez en ville avant de signer. Plus loin, le relief monte encore.
Le corps sur le sel
Le mal de tête m'a pris devant les trains, dès la descente du bus. Sucre la veille, nuit sur la route, aucun palier. Je ne referais plus ce trajet-là.
Ce que j'aurais mis dans le sac plus tôt
- Crème solaire haute et stick à lèvres. Le reflet brûle vite. Une manche longue m'a mieux protégé qu'un t-shirt.
- Des lunettes qui couvrent large, sinon le blanc entre par les côtés et la migraine suit.
- De quoi avoir chaud le soir : bonnet, gants légers, une petite couche. À midi, le soleil suffit à faire suer.
- Deux litres d'eau par jour et par personne, des chaussures fermées, un sac étanche pour le téléphone.
Quand il faut ralentir
Le maté de coca circule dans chaque refuge. Il m'a aidé à patienter le premier matin. Dormir une nuit à Uyuni avant le circuit long a été, la fois suivante, le changement le plus utile.
Tête qui serre, souffle court assis, nausée : le départ de 5 h peut attendre. Le salar sera encore là le lendemain.
Choisir le 4x4 sans se raconter d'histoires
Les enseignes d'Uyuni se copient. Miroir en photo, tarif en dollars ou en bolivianos. J'ai reculé devant un véhicule qui sentait l'essence, pneus avant lisses. L'agence d'à côté affichait cinq noms, de l'eau et des couvertures sur le bon. Le tarif était proche. Les pneus, la feuille de route et le ton des réponses ont fait la différence.
Les questions à poser avant de payer
Je les lis à voix haute avant de sortir l'argent.
- Combien de personnes dans le 4x4, conducteur compris, et le siège avant est-il libre ?
- Le déjeuner est-il inclus, avec une alternative sans viande si vous en avez besoin ?
- Où se passe chaque nuit du circuit long, et avec quels couchages ?
- Si la pluie ferme la piste : report, remboursement d'une partie, ou nuit à Uyuni ?
- Le conducteur reste-t-il le même, et parle-t-il assez votre langue pour expliquer un arrêt ?
Un sourire vague à la place d'une phrase, sur la pluie, me fait changer d'agence. La météo fait partie du trajet. Autant la nommer devant le capot.
Une journée comme je la referais
Cocher tous les arrêts au pas de course laisse surtout de la fatigue. Le blanc gagne à avoir du temps vide autour de lui.
Le blanc, à petites gorgées
Départ vers 6 h 30, pain et fromage dans le sac. Les trains pendant que la lumière est basse. Colchani sans s'attarder en boutique. Ensuite le salar, et l'horloge peut lâcher.
Sur l'île, je laisse le groupe au mirador. Dix minutes hors des traces de pneus. Le sol craque. Le vent a un goût. L'étendue rappelle un lac gelé, et la langue corrige dans la minute : du sel.
Retour avant 16 h. Douche tiède, pression inégale. Le soir, autour de la place, une soupe chaude, et les yeux commencent à récupérer.
Une nuit dans un hôtel de sel
Près de Colchani, certains hébergements sont bâtis en blocs de sel. J'y ai passé une nuit. Murs frais, lit simple, blanc dès la porte au réveil. Au matin la gorge était sèche, et j'avais fait le tour de la chambre. Une nuit, puis un hôtel ordinaire à Uyuni pour laver les affaires : ce dosage m'a convenu.
Le sel reste dans les coutures
Des semaines plus tard, il y en a encore dans la fermeture du sac et sous un ongle. Les photos du miroir rejoignent les autres dans le téléphone. Le grain, dans la valise, dure plus longtemps que l'heure où le ciel s'était posé sur l'eau.
Questions fréquentes
Quelle saison choisir pour le salar d'Uyuni ?
Pour marcher sur une croûte stable, visez mai à octobre. Pour le miroir, janvier, février ou mars, avec un jour de battement si la piste ferme. Mai et juin m'ont offert le ciel le plus clair, et des départs encore à taille humaine.
Peut-on aller sur le salar sans agence ?
Oui, avec un 4x4 à vous et quelqu'un qui connaît les pistes, surtout quand la croûte est dure. En saison humide, quitter la trace abîme le sol et peut immobiliser la voiture. Un conducteur d'Uyuni ou de Tupiza sait où le reflet tient encore, et où la poche molle commence.
Un jour ou trois jours sur place ?
Un jour couvre les trains, Colchani et l'île Incahuasi. Trois jours ajoutent les lagunes, des nuits en refuge et souvent le passage vers le Chili. Si l'altitude pèse déjà à Uyuni, commencez par la journée. Le circuit long peut attendre une autre fois.
Le mal d'altitude gêne-t-il beaucoup à Uyuni ?
On tourne autour de 3 600 mètres, davantage sur le circuit sud. Après un bus de nuit, le premier soir est souvent lourd. C'est ce qui m'est arrivé devant les trains. Buvez, dormez un palier, et sautez l'aube si les symptômes montent. Le maté de coca aide certains à tenir les premières heures. Quand il faut vraiment récupérer, le repos puis une altitude plus basse font le travail.